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La sarcopénie

La mort de la mort. Lettre de juin 2014. Numéro 63.

Reprinted from: http://www.heales.org/nhs/index.php/french/lettre-d-information

 

Question du journaliste: Google et Apple se sont lancés, via Calico dans le soutien (…) de ce projet d’immortalité pour l’homme, de cet homme augmenté. Est-ce que pour vous cela signifie qu’on y va inévitablement ? Alors, cela dépend à quelle échelle. Si c’est une échelle un petit peu plus lointaine, oui, très certainement. Ce qui est important de souligner, c’est l’imaginaire. Il y a une colonisation de l’imaginaire commun par cette quête de l’immortalité, très certainement. C’est-à-dire que chacun tout d’un coup en fait une question peut-être demain personnelle. Et on y met les moyens financiers et donc cela devient le grand marché, (…) le désir d’immortalité (…). Après, est-ce que nous allons à grands pas vers la démocratisation de cet accès à l’immortalité, là je crois que l’on peut encore être un peu plus calme sur cette arrivée. Cynthia Fleury (philosophe et membre du conseil national d’éthique français). Arte, juin 2014, répondant à Raphaël Hitier.

Thème du mois: la sarcopénie
Le vieillissement est un ensemble de modifications physiologiques successives et progressives qui touchent notre organisme.
Les conséquences externes (rides, perte de cheveux, modification du timbre de la voix, perte d’audition, réduction de l’acuité visuelle…) sont les plus facilement observables, mais c’est à l’intérieur du corps que les effets sont les plus profonds. Une des modifications physiologiques les plus impressionnantes concerne la proportion d’eau dans notre corps. Un bébé est composé d’environ 80 % d’eau, un adulte de 60 % et une personne âgée de 45 % seulement.
Le terme qui définit probablement le mieux le développement progressif des affections pour les personnes âgées, c’est le mot “fragilité”. Cette fragilité globale accompagne la croissance avec l’âge des maladies cardiaques, des cancers et des maladies neurodégénératives qui sont les trois grandes catégories d’affection potentiellement les plus souvent létales pour les aînés. Mais il y a également d’autres affections, moins souvent citées, parce qu’elles sont moins directement dangereuses et qui marquent cette
fragilité croissante. La maladie la plus connue est l’ostéoporose, c’est-à-dire la diminution de la masse osseuse, accompagnée d’altérations physiologiques, qui fragilise les os, augmentant le risque de fracture. Cette maladie touche d’abord les femmes après la ménopause, mais peut également atteindre des hommes. La sarcopénie est une affection qui se caractérise par la diminution de la masse musculaire. Elle se produit presque exclusivement chez des sujets âgés, entraînant d’abord une diminution de la force physique. Elle devient fortement invalidante et, aux stades aigus, elle peut accélérer, voire entraîner le décès. Le terme sarcopénie est peu connu et utilisé depuis assez peu de temps. La diminution de la masse musculaire, souvent accompagnée d’un développement de l’obésité, est pourtant une difficulté de santé qui touche tous les citoyens âgés sans exception. Certaines personnes culminent à un âge avancé pour des activités artistiques, scientifiques, politiques, sociales,… Par contre, l’universalité de l’affaiblissement musculaire explique que la puissance physique d’un individu ne reste jamais suffisante pour exercer des activités sportives à un haut niveau après l’âge de 50 ans. Les seules exceptions concernent des sports pour lesquels la force et la résistance physiques sont moins importants que l’habileté (équitation par exemple). La presse s’est fait l’écho du record de vitesse cycliste établi par un centenaire, monsieur Robert Marchand. Il faut savoir que la distance parcourue en une heure par cet athlète n’est que de 26,9 kilomètres, un peu plus de la moitié du record de l’heure cycliste “classique” de 49,7 kilomètres. La sarcopénie est importante. En effet, un des meilleurs prédicteurs de l’espérance de vie des personnes âgées est, tout simplement, leur force physique, par exemple la puissance avec laquelle ils peuvent empoigner un objet. Il n’y a pas de moyen connu à ce jour d’interrompre totalement le processus de perte de masse musculaire. Par contre, ralentir le phénomène est possible par une bonne hygiène de vie comprenant de l’exercice physique régulier. Pour envisager l’interruption totale de la sarcopénie, il est probable que c’est l’ensemble du mécanisme du vieillissement physiologique qui devra être maîtrisé. Se poser la question de la lutte contre cette affection, c’est en fait se poser la question de la lutte contre le vieillissement dans son ensemble. La réponse dépendra pour une part déterminante des investissements, de la volonté, de l’enthousiasme, de l’imagination et de
la ténacité des chercheurs qui, chaque jour, explorent les pistes d’une vie en bonne santé plus longue, plus résiliente et plus épanouie.
Bonne nouvelle du mois: La Grande-Bretagne annonce une lutte accrue contre la maladie d’Alzheimer.
Nous avons besoin de rien de moins que d’une riposte tous azimuts contre la démence, avec nos meilleurs scientifiques dans l’environnement approprié pour développer de meilleurs traitements et, finalement, un remède a déclaré le Premier-Ministre britannique David Cameron le 19 juin 2014 lors du “Global Dementia Legacy Event” à Londres.
Le premier ministre s’est engagé à doubler les moyens financiers pour les recherches à ce sujet d’ici 2025.
S’attaquer à la maladie d’Alzheimer en soi, et pas seulement à ses conséquences, ce n’est pas encore s’attaquer au vieillissement en soi. Mais c’est déjà s’attaquer à la forme de vieillissement qui produit les effets les plus terrifiants pour les personnes âgées et pour les proches.
Pour en savoir plus  De manière générale, voir notamment: http://heales.org, http://sens.org et http://longecity.org  A propos de la sarcopénie: (en français) et http://en.wikipedia.org/wiki/Sarcopenia (en anglais) et http://fr.wikipedia.org/wiki/Sarcop%C3%A9nie (en français)  A propos de l’émission d’Arte citée: http://www.arte.tv/guide/fr/051480-020/futuremag  A propos du discours de David Cameron: https://www.gov.uk/government/speeches/global-dementia-legacy-event-david-camerons-speech  Source de l’image “Degrés des âges” (1826)

Vivre beaucoup plus longtemps en bonne santé, ce n’est pas vieillir plus longtemps

La mort de la mort. Lettre de mars 2014. Numéro 60.

Reprinted from: http://www.heales.org/nhs/index.php/french/lettre-d-information

A long terme, nous serons tous vivants. (…) Les innombrables découvertes, inventions et innovations technologiques qui sont “dans le pipeline” à venir, si elles sont utilisées judicieusement, peuvent changer le monde spectaculairement et pour le bien. Il suffit de penser aux conséquences positives qui pourraient résulter de l’application de la génétique, la transgénèse, les organismes génétiquement modifiés, la médecine sur les cellules souches, la découverte de nouveaux médicaments, l’augmentation de l’espérance de vie, les fabuleuses – dans le sens originel du légendaire – possibilités découlant de la recherche. Mark Eyskens, ancien premier ministre belge, 2013 (traduit de l’anglais). Thème du mois: Vivre beaucoup plus longtemps en bonne santé, ce n’est pas vieillir plus longtemps
Peu importe la longueur de l’explication, peu importe que la bonne santé soit explicitement ou implicitement citée, peu importe que des spécialistes expliquent bien ou mal combien l’état de santé des personnes âgées s’améliore avec le temps, à chaque exposé en faveur de progrès pour une vie plus longue, quelqu’un demandera toujours “Pourquoi vivre plus longtemps, si c’est pour se dégrader?”.
La croyance qu’une vie plus longue doit être accompagnée de dégradation est ancienne. Tithon était un prince troyen mythique à qui Zeus avait donné la vie éternelle mais en omettant de lui donner la jeunesse éternelle. Les anglophones qui défendent les progrès médicaux permettant de vivre plus longtemps parlent parfois de “Tithonius error”, pour désigner la croyance selon laquelle la médecine et les progrès techniques ne permettent de gagner que des années de vie en mauvaise santé. Cette idée est également souvent présente dans la science-fiction et la littérature fantastique. Enfin, elle se retrouve fréquemment implicitement en filigrane de déclarations de responsables politiques ou économiques parlant du “problème de la société vieillissante” plutôt que des perspectives positives d’une population avançant en âge.
Ainsi, la question “Pourquoi vivre plus longtemps” est trop souvent perçue comme “Pourquoi se dégrader plus longtemps”. Les citoyens sont convaincus qu’une vie plus longue ne signifie qu’une souffrance plus longue, un peu comme si une justice divine devait compenser les progrès de la longévité par des régressions de bien-être.
Bien sûr, une des raisons de ces croyances est que les gens extrêmement âgés que nous voyons sont toujours des personnes à l’état de sénescence, de dégradation avancée. Jusqu’ici, avancée en âge et dégradation progressive ont toujours été associés chez l’être humain. Lorsqu’une personne atteint le siècle, c’est donc actuellement malheureusement toujours dans un état de santé fragile. Il nous est très difficile d’imaginer que cela change. Fréquemment, le concept de la vieillesse courte et naturelle s’oppose à celui d’une vie plus artificielle et moins agréable. Il est vrai qu’il arrive trop souvent que les acteurs médicaux visent la guérison voire le maintien en vie en se préoccupant peu de la qualité de vie des patients. Cela peut être parce que le praticien ne s’estime compétent que pour les actes médicaux ou pire par indifférence. Mais la médecine – et la majorité des praticiens de “l’art de guérir” – a de tout temps eu parmi ses objectifs essentiels, le désir de prolonger une vie aussi longue que possible et également en aussi bonne santé que possible. Et ceci s’est réalisé avec succès sur le long terme. L’allongement de la durée de vie pour les personnes âgées ces dernières décennies, ce n’est pas seulement ajouter des années à la vie, c’est aussi ajouter de la vie aux années. Citons quelques exemples:  Dans un passé relativement récent, il y a moins de 50 ans, la vieillesse était symbolisée par la canne du vieillard et le corps courbé des hommes et des femmes âgées. C’était la suite de maladies et dégradations fortement invalidantes de moins en moins présentes. Aujourd’hui, l’utilisation d’une canne est beaucoup plus rare et concerne des personnes plus âgées et il devient rare de croiser des personnes âgées sévèrement bossues, courbées par le poids des ans.  Le concept de bonne santé est un concept évolutif. Aujourd’hui, les citoyens et les personnels de santé soigneront plus rapidement et mieux que par le passé. La “vieille tante qui radote” du milieu du siècle passé serait aujourd’hui considérée comme une dame âgée atteinte d’un Alzheimer relativement avancé. Hier, elle aurait eu droit, au pire au mépris et au mieux à l’aide de sa famille, aujourd’hui, des soins sont prodigués par la société.  Contrairement à ce que l’on pense souvent, l’athérosclérose tend à diminuer progressivement pour des populations d’âge égal.  De manière globale, selon une étude publiée en 2012 par le plus prestigieux journal médical “The Lancet”, durant les deux décennies écoulées de 1990 à 2010, l’espérance de vie a cru de 4,7 années pour les hommes et de 5,1 années pour les femmes. Les 3/4 environ de ces années, soit 3,9 années pour les hommes et 4,1 années pour les femmes sont des années de vie en bonne santé.
Une autre étude effectuée à Harvard est encore plus optimiste car elle estime que, à l’exception de l’année ou des deux années précédant le décès, les citoyens sont en meilleure santé qu’auparavant. Bref, en 2014, nous vivons beaucoup plus longtemps que jamais dans l’histoire de l’humanité et la durée de notre vie en bonne santé est également plus longue que jamais dans l’histoire de l’humanité. Mais la question la plus cruciale posée concerne le futur. Les progrès envisagés visent-ils une vie uniquement plus longue ou aussi une de meilleure qualité? Il s’agit de cellules (cellules souches) qui pourraient un jour régénérer des tissus ou des organes humains, de produits assurant une fluidité accrue du sang et diminuant les risques de maladies cardio-vasculaires, de capteurs chargés d’avertir de la naissance possible de maladies et ainsi de prévenir ces affections, de thérapies géniques empêchant le développement de maladies héréditaires, de nanotechnologies médicales visant à prévenir et guérir des maladies invalidantes, … Est-ce que toutes ces méthodes auront pour but et pour effet une dégradation plus longue ou bien une vie de meilleure qualité et plus longue ? La réponse ne fait aucun doute dans l’esprit des chercheurs. Il est cependant un domaine dans lequel réellement, durant ces dernières décennies et pour la perspective à court terme, l’allongement de la durée de vie ne s’accompagne que peu d’amélioration de la qualité de la vie. Il s’agit des maladies neuro-dégénératives et particulièrement de la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui par rapport à hier, ces maladies font l’objet de meilleurs accompagnements, surviennent probablement un peu plus tard, sont de mieux en mieux connues des médecins, des psychologues, des membres de la famille et de tous ceux qui soignent et accompagnent.
Mais les véritables percées dans le domaine de la lutte contre ces maladies restent encore à accomplir. C’est donc dans ce domaine que les recherches sont le plus nécessaires. Ces recherches seront coûteuses mais elles sont potentiellement utiles, non pas seulement à “nos vieux à nous”, mais à tous. Cette utilité potentielle va de la très vieille femme kényane sénile et sans famille qui n’aura jamais les moyens de se payer un aide-soignant à l’octogénaire milliardaire new-yorkais bien entouré mais qui risque néanmoins fort de mourir dans une forme de déchéance que nous ne souhaiterions pas à notre pire ennemi.
Bonne nouvelle du mois: Craig Venter crée la société Human Longevity Incorporated Craig Venter, qui fut l’acteur principal du premier séquençage humain en l’an 2000, vient d’annoncer la création de la société Human Longevity, Inc. Cette société au capital de départ de 70 millions de dollars a pour objectif ambitieux de comprendre les mécanismes de longévité. Des recherches systématiques portant sur l’ADN humain seront entreprises en vue de détecter les gènes utiles à la longévité. La société séquencera le génome de centenaires et examinera l’ADN du “microbiome” humain, c’est-à-dire l’ADN des êtres vivants qui se trouvent dans notre corps (bactéries et autres micro-organismes). Après la création par les dirigeants de Google de la société Calico, c’est un second pas important dans les recherches pour une longévité humaine fondamentalement augmentée.
Pour en savoir plus De manière générale, voir notamment: http://heales.org, http://sens.org et http://longecity.org  Citation de Mark Eyskens: http://www.eyskens.com/page103/page132/page134/page136/page136.html  Site de Human Longevity Inc.: http://www.humanlongevity.com  Enquête du Lancet “Global Burden of disease”: http://www.thelancet.com/themed/global-burden-of-disease  Enquête de Harvard à propos de l’amélioration de l’état de santé: http://www.natureworldnews.com/articles/3227/20130730/people-living-longer-healthier-harvard-researcher.htm

Longévité et expérimentation animale

La mort de la mort. Lettre de décembre 2013. Numéro 57.

Reprinted from: http://www.heales.org/nhs/index.php/french/lettre-d-information
Senectus ipsa est morbus. La vieillesse elle-même est une maladie. Publius Terentius Afer, auteur latin dans une comédie intitulée “Phormion”. Deuxième siècle avant Jésus-Christ.
Thème du mois: Longévité et expérimentation animale
L’immense majorité des espèces animales subissent la sénescence. Ceci signifie que, même placés dans un environnement parfaitement adapté, les dommages physiologiques qui se produisent du simple fait de l’écoulement du temps s’accumulent et finissent par provoquer le décès, même en l’absence de prédateur, de parasites ou de maladies infectieuses.
Pour la plupart des espèces animales y inclus l’homme, non seulement l’écoulement du temps provoque le décès, mais l’évolution des dégradations est exponentielle plutôt que linéaire. Donc, le pourcentage de mortalité durant une période de temps déterminée croit avec l’âge.
Pour l’être humain, il est généralement admis que la mortalité suite au vieillissement double à partir de l’âge adulte environ tous les huit ans (modèle dit de Gompertz). Pour les autres espèces, le rythme de croissance de la mortalité diffère. Les durées de vie en captivité, moyennes et extrêmes sont en effet très différentes d’une espèce animale à l’autre. En général, plus une espèce est petite, plus elle a des prédateurs dans le cadre naturel, plus sa vie en captivité (donc même en l’absence de prédateurs) sera courte. Par ailleurs, à l’intérieur d’une même espèce, les durées de vie moyennes et maximales des individus varient selon les groupes. Par exemple, les races de chiens et de souris de petite taille vivent généralement plus longtemps.
Le vieillissement étant un processus lent, l’expérimentation est difficile. Plus la durée de vie d’un animal est longue, plus l’expérimentation est complexe et coûteuse. Par contre, étant donné que nous, êtres humains avons la chance de pouvoir vivre près d’un siècle, plus la durée de vie des animaux d’expérimentation est longue, plus la comparaison avec la situation humaine sera pertinente. Pour ces raisons, les expérimentateurs et les observateurs se sont intéressés tant à des animaux à durée de vie courte qu’à des animaux à durée de vie longue.
Il faut savoir que certains chercheurs estiment que la croissance de la mortalité avec l’âge (l’aspect exponentiel) n’est pas une règle absolue. Certaines espèces de poissons, notamment les sébastes, certaines espèces de reptiles, notamment des tortues et même certaines espèces d’oiseaux pourraient avoir un taux de mortalité qui ne croît plus au-delà d’un certain âge. Il en va de même pour d’assez nombreux invertébrés (homards, oursins, anémones de mer, quahogs,…). Certains parlent même de “sénescence négative”, d’une mortalité
annuelle décroissant pour les individus âgés. En ce qui concerne les vertébrés, actuellement, il n’y a pas d’expérimentation animale pour vérifier ces hypothèses. Puisque ces animaux vivent très longtemps, si des tests peuvent être réalisés pour des animaux en captivité, les résultats se feront probablement attendre pendant des décennies.
Par ailleurs, l’expérimentation animale pose des questions éthiques. Les tests sur des animaux de laboratoire, parmi lesquels les rats et les souris, font l’objet d’intenses et passionnés débats publics. Il est à remarquer que l’élimination de leurs lointains cousins qui se trouvent dans les caves, greniers et égouts souvent à quelques mètres des laboratoires ne fait l’objet de presque aucune interrogation alors même que la mise à mort se fait généralement par l’usage d’anticoagulants (mort aux rats) provoquant un décès lent et douloureux. Ceci étant écrit, en ce qui concerne les expérimentations relatives à la longévité, l’objectif étant de permettre une vie plus longue en bonne santé, le strict respect des règles légales et des principes de respect des animaux élevés est une garantie éthique, mais aussi une garantie d’efficacité. Il faut donc y être extrêmement attentif.
Parmi les mammifères, les animaux les plus testés pour la longévité, comme d’ailleurs pour toutes les expérimentations dans le domaine de la santé, sont les rats et les souris. Ceux-ci ont une espérance de vie de moins de trois années. Les autres animaux souvent sujets d’expérimentation, notamment les cobayes et les lapins ne sont presque jamais sujets d’expériences relatives à la longévité. Il en va de même pour les porcs. Ce qui est regrettable. En effet, les cochons présentent une très grande ressemblance physiologique avec les êtres humains, mais avec une durée de vie maximale nettement plus courte (environ 25 ans maximum).
Pour ce qui concerne les primates, tant pour des raisons éthiques qu’économiques et techniques, les expérimentations sont actuellement rares. Ce sont principalement des singes rhésus qui ont été sujets d’expérimentation pour ce qui concerne l’impact de l’alimentation sur la longévité.
Un autre mammifère qui est parfois étudié est le rat-taupe nu car ce rongeur bénéficie d’une longévité exceptionnellement grande.
Les tests ne s’arrêtent pas aux mammifères. Ils concernent également des animaux de plus petite taille, principalement deux espèces célèbres dans les laboratoires: les drosophiles et le ver nématode Caenorhabditis elegans. Ces espèces ont une espérance de vie courte et elles ont bien sûr beaucoup moins en commun avec l’être humain qu’une souris, même si plus de 50 % du patrimoine génétique de la drosophile est commun avec celui de l’être humain.
Quels sont les tests qui sont effectués?
Deux catégories d’expérimentations peuvent être distinguées:
L’observation dans des circonstances “naturelles” modifiées
L’objectif de ces tests est de comprendre les mécanismes du vieillissement dans des situations qui ne supposent pas une modification des animaux eux-mêmes. Il
s’agira de savoir quels sont les facteurs qui influencent l’animal de manière positive ou négative. Parmi les nombreux facteurs d’influence qui ont déjà été testés figurent:
– l’apport calorique,
– la luminosité,
– la température,
– le sommeil,
– le taux d’activité,
– le niveau de bien-être,
– l’activité sexuelle,
– l’apport en oxygène.
Les tests de nouvelles substances et les thérapies géniques
Il s’agit de trouver des nouvelles substances chimiques ou pharmaceutiques ou des modifications génétiques qui permettent aux animaux une durée de vie plus longue et en bonne santé. Parmi les innombrables tests qui ont déjà été effectués, il y a ceux qui concernent
– des produits fluidifiant le sang,
– des médicaments couramment utilisés chez l’homme,
– des additifs alimentaires,
– des produits toxiques à forte dose, mais qui pourraient avoir un effet positif à faible dose (hormèse),
– des hormones et des vitamines,
– des thérapies géniques supposant une modification de l’animal à la naissance
– des thérapies géniques supposant une modification thérapeutique sur des animaux adultes,
– l’introduction de cellules-souches.
Pour toutes les expérimentations, idéalement, le travail des chercheurs devrait comparer plusieurs groupes d’animaux vivant dans des conditions similaires, avec la garantie d’absence de toute influence possible de l’expérimentateur de manière consciente ou inconsciente (études randomisées en double aveugle). Malheureusement, beaucoup d’études, même parmi celles largement médiatisées, ne respectent pas encore ce principe.
Une des raisons principales de la lenteur des expérimentations est la lenteur du processus de vieillissement. Une méthode relativement simple pour détecter plus rapidement des effets serait de débuter les tests sur des animaux déjà âgées, par exemple sur des souris de 18 mois (âge du début de la “vieillesse” pour cet animal) et non pas sur des jeunes adultes de 6 mois.
Nous ne savons pas si la première personne qui atteindra l’âge de deux cents ans est déjà née et, par définition, nous ne le saurons pas avec certitude avant la fin de ce siècle. En effet, le citoyen du monde le plus âgé aujourd’hui a 116 ans, il ne pourrait atteindre 200 ans qu’en 2098. Par contre, nous avons une chance de connaître la première souris vivant deux fois plus longtemps qu’une souris ordinaire dans moins d’une décennie.
Bonne nouvelle du mois: financement collectif pour prolonger la vie en bonne santé de souris ukrainiennes
Des chercheurs ukrainiens, alliés à des partenaires notamment français, britanniques et belges ont lancé un “crowdfunding” pour effectuer des expérimentations sur des souris âgées (20 mois). L’objectif était de récolter un financement de 15.000 dollars. Il a été largement et rapidement dépassé et ce sont plus de 22.000 dollars qui permettent déjà des tests dans le domaine de longévité. Par-delà ce montant encore de petite taille, nombre d’autres projets sont en développement dans de nombreux lieux de recherche.
Pour en savoir plus
De manière générale, voir notamment: http://heales.org, http://sens.org et http://longecity.org
A propos du prix de la souris Mathusalem: http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_de_la_Souris_Mathusalem
Pour en savoir plus à propos du crowdfunding cité: http://www.indiegogo.com/projects/i-am-a-little-mouse-and-i-want-to-live-longer
Source de l’illustration: Logo du prix de la Methuselah Foundation

Douze idées fausses à propos de la longévité humaine

La mort de la mort. Lettre d’avril 2014. Numéro 61.

Reprinted from: http://www.heales.org/nhs/index.php/french/lettre-d-information
Car elles [les lois de la physique] m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie (…). Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie; car même l’esprit dépend si fort du tempérament, et de la disposition des organes du corps que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. Descartes. Discours de la méthode. 1637. Thème du mois: Douze idées fausses à propos de la longévité humaine
Cette lettre est consacrée aux erreurs les plus fréquentes relatives à la longévité et au vieillissement que l’on rencontre dans l’opinion publique en Europe francophone.
1. Certains êtres humains dans des pays lointains vivent 130 ans et plus
La personne qui a vécu le plus longtemps, de manière certaine, est Jeanne Calment, décédée en France en 1997 à l’âge de 122 ans. Aujourd’hui, la personne la plus âgée au monde n’a “que” 116 ans. Très souvent, les familles de personnes âgées notamment dans des pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine affirment que leur aïeul dépasse largement cet âge, mais il n’existe pas de preuve car les registres de l’état civil n’existaient pas lors de la naissance alléguée. Etant donné que, pour les personnes âgées de 110 ans et plus, la mortalité par année approche les 50 %, étant donné que les centenaires sont proportionnellement beaucoup plus nombreux dans les pays riches que dans les pays pauvres, la prochaine fois que vous lirez une information dans un média à propos d’une personne ayant dépassé l’âge de 130 ans, vous aurez appris quelque chose, non pas à propos de l’âge d’une personne, mais à propos de la non fiabilité de votre source d’information.
2. Aux Etats-Unis, l’espérance de vie diminue
Si vous faites une recherche en ligne avec les mots “espérance de vie” et “Etats-Unis”, vous trouverez de nombreux articles relatifs à une diminution de l’espérance de vie dans ce pays. Mais il s’agit uniquement d’une diminution de l’espérance de vie en 2010: un accident statistique comme il en arrive de temps à autre. Il est par contre exact que l’espérance de vie aux Etats-Unis est plus courte de quelques années par rapport à celle des pays d’Europe occidentale – alors que les dépenses en soins de santé aux Etats-Unis sont bien plus importantes qu’en Europe.
3. La vie humaine est de plus en plus longue, mais la vie en bonne santé est de plus en plus courte
En Europe occidentale, nous gagnons chaque année entre 2 et 3 mois d’espérance de vie. C’est établi par des statistiques précises et montrant une évolution régulière depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les statistiques relatives à l’espérance de vie en bonne santé sont moins précises, plus subjectives et montrent de plus fortes variations. La presse a tendance à se faire l’écho surtout des diminutions constatées. En fait, il est peu contesté que l’espérance de vie en bonne santé croit globalement. Il semble que pour 4 années de vie gagnées, 3 de ces années sont des années de vie en bonne santé, mais il se pourrait que ce soit un peu plus ou un peu moins. Il est exact que, suite aux maladies neuro-dégénératives (principalement la maladie d’Alzheimer), beaucoup d’années de fin de vie sont des années en mauvaise santé. Par contre, de nombreuses maladies liées au vieillissement sont en moyenne moins invalidantes aujourd’hui qu’autrefois (rhumatismes, arthrose, maladies cardio-vasculaires,…).
4. Nous mourons de plus en plus souvent du cancer et de maladies cardio-vasculaires
C’est totalement faux pour les maladies cardio-vasculaires. Le nombre de décès suite à ces maladies décroit rapidement grâce aux progrès médicaux. C’est aussi globalement inexact pour les décès suite aux cancers pour des personnes d’âge égal. En ce qui concerne cette maladie, il apparait que certains types de maladies sont plutôt en croissance tandis que d’autres sont probablement en déclin. Mais il apparait surtout qu’une fois un cancer constaté, la durée moyenne de vie est de plus en plus longue pour la plupart des personnes atteintes (leurs chances de survie ont donc augmenté). Une personne ayant, par exemple, 50 ans a donc moins de chance de mourir d’un cancer aujourd’hui qu’hier. Mais étant donné que nous vivons de plus en plus longtemps et que le nombre de cancers et la mortalité due au cancer augmentent avec l’âge, la mortalité globale relative au cancer reste relativement stable.
5. Nous mourons de plus en plus souvent de nouvelles maladies
Les progrès technologiques ne présentent pas que des avantages. Les nouveaux produits, les nouveaux environnements de travail,… peuvent provoquer de nouvelles affections. Il arrive également que des questions de santé qui étaient auparavant non traitées soient aujourd’hui plus étudiées. Certaines affections nouvelles peuvent être mortelles, mais le nombre de décès nouveaux est très inférieur au nombre de vies épargnées grâce aux progrès de la médecine et des conditions de vie. D’ailleurs, pour ce qui concerne les maladies avant 50 ans, c’est-à-dire avant que l’organisme ne commence à être touché par le vieillissement, les décès sont aujourd’hui exceptionnels. La majorité des personnes qui meurent avant cet âge succombent suite à d’autres causes: accidents de la route, suicides, violences,…
6. Le plus important pour vivre longtemps en bonne santé, c’est de manger sainement et de faire de l’exercice suffisamment
C’est bien sûr utile et important de bien se nourrir et de faire de l’exercice. Mais la durée moyenne de vie est d’abord influencée par le lieu où vous vivez (votre pays de résidence), vos parents (choisissez les bien!) et enfin par le moment de votre naissance puisque plus vous êtes nés récemment, plus votre espérance de vie est longue grâce aux progrès de la médecine.
7. Une bonne alimentation et une bonne hygiène de vie permettent d’écarter le risque de maladies dégénératives, notamment la maladie d’Alzheimer
C’est malheureusement faux. Une bonne alimentation et une bonne hygiène de vie sont des facteurs de nature à permettre une augmentation raisonnable de la durée de vie en bonne santé. Ils ont peut-être une certaine influence sur la maladie d’Alzheimer, mais si c’est le cas, uniquement en la retardant quelque peu. Pour diminuer réellement l’impact des maladies neurodégénératives, rien n’est actuellement réellement envisageable en dehors des mesures palliatives et, surtout, des recherches médicales.
8. Si nous vivons plus longtemps, la terre sera surpeuplée
Cela semble logique. En réalité, s’il y a bien une très forte corrélation entre espérance de vie et surpopulation, c’est dans le sens inverse de celui intuitivement escompté. C’est dans les pays où l’espérance de vie est la plus faible, c’est-à-dire principalement l’Afrique subsaharienne que la croissance démographique est galopante. Là où l’espérance de vie est élevée, comme en Europe occidentale ou au Japon, il n’y a pas de problème de croissance trop rapide de la population. Au contraire, beaucoup de citoyens s’inquiètent d’une population déclinant en nombre. En fait donc, pour l’écrire de manière qui apparait un peu provocatrice, jusqu’ici, le meilleur moyen de lutter contre la surpopulation est d’augmenter l’espérance de vie.
La diminution de la natalité liée à l’augmentation de l’espérance de vie n’est absolument pas limitée aux pays riches. Ainsi au Bangladesh, un des Etats les plus pauvres du monde, l’espérance de vie a cru de 14 ans les 30 dernières années et, durant la même période, le nombre d’enfants par femme est passé de 6,2 à 2,2.
9. Le vieillissement est une problématique réservée aux habitants des pays riches, ailleurs les citoyens doivent simplement survivre
Cette situation était encore exacte il y a une trentaine d’années mais plus à l’heure actuelle: dans le monde, parmi les 150.000 personnes qui mourront aujourd’hui, plus de 100.000 mourront de maladies liées au vieillissement. Les décès par malnutrition sont encore beaucoup trop nombreux mais presque partout dans le monde à l’exception de l’Afrique subsaharienne, tous les décès rassemblés suite aux malnutritions, aux maladies infectieuses, aux violences,… sont beaucoup moins nombreux que les décès suite à la vieillesse.
10. Les progrès de l’espérance de vie concernent d’abord les pays riches, dans les pays pauvres, les progrès sont plus lents, si même il y en a
Cette affirmation est assez proche de la précédente, Elle est totalement fausse. Dans presque tous les pays du monde, l’espérance de vie progresse globalement sur le moyen et sur le long terme. Elle progresse en fait beaucoup plus vite dans la plupart des pays du Sud que dans la plupart des pays du Nord, notamment parce que dans les pays du Sud, la mortalité infantile diminue rapidement alors que dans les pays du Nord, la mortalité infantile est déjà très rare depuis plusieurs décennies. Dans les pays riches, l’espérance de vie progresse généralement de 2 à 3 mois par année. Dans les pays du Sud, c’est plus souvent 4 ou 5 mois. Ainsi au Brésil, la durée de vie moyenne a progressé de 11 années durant les 30 dernières années et en Inde de 10 années Les seules exceptions à cette évolution positive sont les Etats issus de l’ex Union soviétique et certains pays de l’Afrique subsaharienne. Mais même dans ces pays, l’évolution de ce début de 21ème siècle est redevenue généralement positive.
11. Une petite fille qui nait aujourd’hui a une chance sur deux de devenir centenaire
Un humoriste disait: c’est difficile de faire de la prospective lorsqu’il s’agit du futur. Une petite fille qui nait aujourd’hui a une chance sur deux de devenir centenaire si les progrès médicaux, sociaux et économiques se poursuivent au rythme actuel. Il est vrai que l’espérance de vie suit une courbe fort régulière depuis plus d’un siècle, avec une augmentation de la durée de vie de près de 3 mois par année. Mais le nombre de personnes atteignant l’âge de 100 ans reste aujourd’hui cependant assez limité (environ 20.000 personnes en France). Sans progrès médicaux importants, il se peut que la durée de vie moyenne plafonne, par exemple à environ 90 ans pour les femmes.
12. Nos enfants seront la première génération à vivre moins longtemps que celle de leurs parents
Cette affirmation, lorsqu’elle est présentée comme une certitude, est, comme la précédente totalement inexacte. Elle est aussi totalement inexacte, lorsqu’elle est présentée comme une conséquence de la situation contemporaine. En effet, certains parlent de maladies en croissance pour les nouvelles générations qui provoqueraient de nouvelles mortalités. Il se peut que certaines maladies nouvelles ne soient pas encore analysées, mais il est certain qu’actuellement, dans les pays d’Europe occidentale, la mortalité continue à diminuer dans toutes les tranches d’âge.
Autrement dit, ceux qui pensent que leurs enfants vivront moins longtemps qu’eux doivent savoir qu’en tout cas, les enfants ont actuellement moins de risque de mourir en bas âge que leurs parents. Ceci ne s’explique d’ailleurs pas que par les progrès de la médecine, mais aussi par les progrès globaux de la société qui lutte de plus en plus efficacement contre toutes les causes de mortalité (accidents de voiture, accidents domestiques, manque d’hygiène…)
En conclusion.
Les croyances incorrectes ne sont pas nées spontanément. Elles ont des causes sociales, scientifiques, psychologiques,…. Il est souvent difficile de mettre fin à des idées fausse répandues. Le nombre de ces croyances inexactes, certaines partagées par des personnes extrêmement instruites, montre combien il reste de chemin à parcourir pour observer et comprendre les mécanismes de vieillissement et plus encore pour lutter pour prévenir et pour guérir des maladies qui concernent ou concerneront l’immense majorité de la population du globe.
Bonne nouvelle du mois: Débat “Bientôt tous immortels?” sur la chaine télévisée belge RTL
Un débat télévisé relatif aux progrès médicaux en matière de longévité a eu lieu le dimanche 20 avril 2014, lors de l’émission “Controverse” de la chaîne belge francophone RTL. Laurent Alexandre, auteur du livre “La mort de la mort” et Didier Coeurnelle auteur du livre “Et si on arrêtait de vieillir” et coprésident de Heales y ont expliqué les perspectives des progrès de la longévité.
C’est peut-être la première fois qu’une chaine de télévision belge francophone organise à une heure de grande écoute un débat ouvert relatif aux frontières de la longévité.
Pour en savoir plus  De manière générale, voir notamment: http://heales.org, http://sens.org et http://longecity.org  Revendications (fausses) de longévité extrêmes humaines: http://en.wikipedia.org/wiki/Longevity_myths (en anglais)  Evolution de l’espérance de vie dans le monde: http://www.gapminder.org/world/  Pour visionner l’émission Controverse de RTL: http://www.rtl.be/rtltvi/video/488419.aspx?CategoryID=1714

Longévité

Nous œuvrons pour le développement d’une longévité en bonne santé pour toute la population à travers la recherche scientifique, la santé public, une action de sensibilisation et l’activisme social. Nous mettons en valeur et promouvons la lutte contre l’ennemi principal d’une longévité en bonne santé – le processus de vieillissement.

Le processus de vieillissement est à l’origine de la plupart des maladies chroniques qui affectent la population mondiale, de la majorité des cas d’invalidité et de causes de mortalité, et doit être traitée en conséquence. La société doit consacrer des efforts conséquents en faveur du traitement et de la correction du processus de vieillissement, comme pour toute autre maladie.

Le problème du vieillissement est, pour chacun d’entre nous, on ne peut plus grave et menaçant. Pourtant, on assiste souvent au refoulement de sa réalité et de sa gravité. La tendance rassurante à ignorer l’avenir, à distraire l’esprit du vieillissement et de la mort, et même à présenter le vieillissement et la mort d’une manière trompeuse et utopique, prédomine. De plus règne la conviction infondée que le vieillissement est un processus inexorable et totalement incontrôlable. Ce mépris du problème et ce sentiment d’impuissance infondé ne contribuent pas à l’amélioration du bien-être des personnes âgées et à leur longévité en bonne santé. Il est nécessaire de présenter le problème dans toute sa gravité et son importance et d’agir de notre mieux pour le résoudre ou l´atténuer.

Nous appelons à sensibiliser le public au problème du vieillissement dans toute son ampleur. Nous appelons le public à reconnaître la gravité du problème et à consacrer des efforts et des ressources – notamment les ressources économiques, socio-politiques, scientifiques, technologiques et médiatiques – à la lutte contre le vieillissement dans l’intérêt des personnes âgées, pour leur permettre de vivre longtemps et en bonne santé. Nous promouvons l’idée que la maturité spirituelle et intellectuelle et l’augmentation de la longévité en bonne santé n’est pas synonyme de vieillissement et de dégradation.

Nous prônons l’intensification et l’accélération de la recherche biomédicale fondamentale et appliquée, ainsi que le développement de mesures technologiques, industrielles, environnementales, de santé publique et éducatives, destinées spécifiquement à l´amélioration de la longévité en bonne santé. En leur donnant un soutien suffisant, de telles mesures peuvent accroître l’espérance de vie en bonne santé des populations âgées, la période de leur productivité, leur contribution au développement de la société et de l’économie,  ainsi que la joie de vivre leur sentiment d’épanouissement et leur estime de soi.

Nous appelons au plus fort soutien public et politique possible pour le développement de mesures scientifiques pour le prolongement de la durée de vie en bonne santé, pas seulement par la communauté professionnelle, mais aussi par un large public.